NIP Dialogue – La Voix des Pays
Ce blog a été rédigé à la suite d'un entretien avec Joswa Aoudou, Directeur des Normes et du Contrôle, Ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable du Cameroun, dans le cadre de la série de « NIP Dialogues » dans le cadre du projet Global NIP Update (GEF ID 10785), financé par le FEM et dirigé par le PNUE.
Yaoundé, Cameroun – Juin 2026
L’expérience du Cameroun dans la mise en œuvre de la Convention de Stockholm montre que la gestion des polluants organiques persistants (POP) consiste à traduire des priorités en résultats concrets, tout en faisant face aux limites pratiques des données et des outils disponibles. Elle met aussi en évidence des défis partagés par de nombreux pays, notamment la difficulté d’identifier et de quantifier les nouveaux POP contenus dans les produits et équipements. Le renforcement de la réglementation, l’amélioration des capacités de détection et la collaboration entre les institutions restent essentiels pour la prochaine phase.
Construire la mise à jour sur les plans antérieurs
Le Cameroun a commencé l’actualisation de son Plan national de mise en œuvre (PNM) en 2024, en s’appuyant sur la ratification de la Convention de Stockholm en 2005 et son statut de Partie depuis 2009. Le premier PNM a été élaboré en 2012 et actualisé en 2016.
Ces premiers plans ont défini quatre priorités principales : l’élimination des pesticides POP obsolètes, l’élimination des polychlorobiphényles (PCB), la prise en compte des POP non intentionnels (POPni), ainsi que la sensibilisation, la communication et l’information du public. Ces priorités continuent d’orienter les efforts actuels de mise en œuvre.
L’élimination des pesticides obsolètes
Le Cameroun a transformé ces priorités en résultats mesurables. Avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 37,5 tonnes de pesticides POP et obsolètes ont été éliminées en 2018.
Cette action ne s’est pas limitée à l’élimination. Elle a inclus l’évaluation des sites contaminés par les pesticides POP, une étude sur les pesticides hautement toxiques et leurs alternatives, ainsi que l’élaboration d’une stratégie nationale de gestion des emballages de pesticides. Par ailleurs, deux projets pilotes ont été menés pour la collecte des emballages vides dans des zones à fort potentiel de production agricole.
Des progrès significatifs sur les PCB
Le Cameroun a également réalisé des avancées importantes sur les PCB. Entre 2016 et 2024, plus de 250 tonnes ont été éliminées avec l’appui du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Dans ce cadre, 14 sites contaminés ont été évalués et remédiés.
Ces efforts ont été accompagnés par des avancées institutionnelles. Un décret du Premier ministre a instauré la gestion des PCB, complété par cinq arrêtés ministériels. Par ailleurs, le Cameroun a développé des outils opérationnels, notamment une plateforme en ligne import-export pour la traçabilité des PCB et un système d’information géographique (SIG) pour le suivi des inventaires, permettant aux détenteurs de déclarer et d’actualiser leurs stocks.
Progrès de la mise à jour actuelle du PNM
La mise à jour actuelle du PNM a déjà franchi des étapes clés. Le Cameroun a réalisé l’inventaire, organisé des consultations avec les parties prenantes, défini les rôles institutionnels et mené des activités de sensibilisation du public afin de clarifier les contributions et les méthodes de collecte de données.
Les rapports d’inventaire couvrant les POP inscrits jusqu’en 2021 ont été produits par des experts techniques. Les plans d’action ont été élaborés et validés, et doivent être présentés au Comité national de coordination mis en place sous l’autorité du Ministère de l’Environnement, conformément aux directives d'actualisation des PNM.
Une approche d’inventaire ciblée et structurée
Le processus d’inventaire combine l’identification ciblée des secteurs avec la collecte de données provenant de multiples sources. Des enquêteurs ont collecté des données de terrain directement auprès des détenteurs, tandis que des informations complémentaires ont été recueillies via des questionnaires en ligne.
Les analyses en laboratoire ont également joué un rôle important. Pour les PCB, des tests colorimétriques et l’utilisation d’un appareil LX2000 ont permis de réduire le nombre d’échantillons à analyser, tandis que la chromatographie en phase gazeuse, réalisée en milieu universitaire, a apporté des résultats plus détaillés.
L’inventaire mobilise également des données issues des douanes et du commerce international, ainsi que des facteurs d’émission pour les POPni. Il couvre des substances variées, notamment les diphényléthers polybromés (PBDE), présents principalement dans les équipements électriques et électroniques, l'acide perfluorooctane sulfonique (PFOS) associé aux retardateurs de flamme, les paraffines chlorées à chaîne courte (SCCP) et l'hexabromocyclododécane.
Le défi persistant des POP dans les produits
Malgré ces avancées, un défi majeur subsiste : l’identification et la quantification des POP contenus dans les produits et les équipements.
L’absence d’équipements de détection pour mesurer les quantités de POP dans chaque produit impose de recourir à des estimations basées sur les données de stock disponibles et les directives d’inventaire. Cette difficulté est aggravée par le fait que certains produits sont encore en utilisation, tandis que d’autres sont déjà devenus des déchets, rendant leur évaluation particulièrement complexe.
Les priorités pour la prochaine phase
Les prochaines priorités incluent les retardateurs de flamme contenus dans les produits, la poursuite de l’élimination des PCB avec l’échéance de 2028, et le renforcement du cadre réglementaire pour intégrer les nouveaux POP. Un stock de 1 630 tonnes de PCB reste à gérer sur le territoire.
La sensibilisation du public demeure essentielle. Les produits contenant des POP étant largement utilisés, la communication est nécessaire pour assurer la compréhension et favoriser des changements de comportement.
Le cadre réglementaire évolue également, avec l’adaptation des lois existantes en matière d’environnement, de produits chimiques et de déchets pour intégrer les nouvelles obligations internationales et les substances récemment inscrites.
La participation comme moteur de mise en œuvre
L’implication des parties prenantes est un élément central du processus. Le Comité national de coordination regroupe plus de 100 entreprises et plus de 50 secteurs d’activité, avec des rôles et responsabilités clairement définis.
Les approches de communication combinent des stratégies ciblées et diversifiées, soutenues par les organisations de la société civile et les ONG. Dans le secteur industriel, les inspecteurs relaient continuellement les informations sur les POP lors des activités de contrôle. La participation est étendue, avec plus de 250 parties prenantes réunies régulièrement pour échanger, discuter et contribuer selon leurs secteurs d’activité.
Des enseignements pratiques pour d’autres pays
L’expérience du Cameroun met en évidence plusieurs enseignements. L’intégration du secteur informel de gestion des déchets est essentielle pour améliorer les données et l’efficacité de la gestion. La collaboration avec les institutions nationales de statistiques permet d’améliorer les cadres de collecte d’information. Les douanes jouent un rôle clé, étant situées à la frontière et détenant des informations sur les produits entrant sur le territoire.
Un autre point important concerne l’implication des femmes, étant au centre de la gestion des produits susceptibles de contenir des POP. Une meilleure sensibilisation aux risques liés aux POP est essentielle pour la santé et la sécurité des ménages.
Les systèmes de surveillance doivent également évoluer. Les POPni tels que les dioxines et les furannes restent difficiles à inventorier. Les méthodes actuelles reposent sur des facteurs d’émission, mais des outils adaptés au niveau national sont nécessaires. L’acquisition d’équipements de détection, l’utilisation d’outils portatifs et la formation ciblée des agents des douanes sont importantes pour améliorer l’identification des POP.
« L’expérience camerounaise démontre que la surveillance environnementale ne peut plus se contenter de contrôles documentaires. » – Joswa Aoudou
Rendre les outils réellement utilisables
Le Cameroun a bénéficié de plusieurs formations, ateliers et webinaires dans le cadre du projet Global NIP Update. Le boîte à outils électronique intégrée destinée à faciliter l’inventaire et la soumission du PNM a également été jugée utile.
Cependant, son utilisation reste limitée par des contraintes d’accès. La connectivité Internet affecte l’utilisation des plateformes, et les utilisateurs ont besoin d’orientations plus claires, notamment de manuels pour faciliter l’intégration et l’exploitation des données. Cela souligne que le renforcement des capacités doit aller au-delà des formations, et les outils doivent être pratiques, accessibles et adaptés aux réalités nationales.
Le processus de mise à jour du PNM au Cameroun montre que la gestion des POP n’est pas uniquement technique ou procédurale. C’est un processus continu qui combine coordination institutionnelle, travail de terrain, réforme réglementaire, communication et adaptation technologique.
Les progrès réalisés sont concrets, mais les défis restent importants. L’expérience montre que la mise en œuvre efficace de la Convention de Stockholm repose sur la capacité à s’adapter, à collaborer et à améliorer continuellement les systèmes.
Pour visionner l'intégralité de l'interview, veuillez suivre sur ce lien : https://youtu.be/xZMqHjNeAyk
Pour en savoir plus sur le projet Global NIP Update, rendez-vous sur Global NIP Update | Green Policy Platform